1996 – La CÔTE AMALFITAINE

Il y a 832 marches pour monter d’Amalfi à Ravello, ce qui fait 1664 marches aller retour — et chacune d’elles nous fait sursauter aujourd’hui, tellement nos mollets souffrent ! Que ce soit sur le plat, à savoir le long de la mer, ou – pire! – en descendant une côte. Et comme ici, absolument TOUT est à flanc de montagne, on ne fait QUE monter ou descendre…. Il n’empêche que, ni ma meilleure amie Mireille, avec laquelle je voyage, ni moi, n’aurions voulu rater, pour rien au monde, la vue inoubliable de la terrasse des Jardins de Cimbrone, à Ravello, où Greta Garbo fila le parfait amour avec le beau Polonais Leopold Stokowski, en 1938. On la comprend…!

Ce jardin est célèbre pour son belvédère pittoresque, le Terrazzo dell’ lnfinito.

A seulement 300 m au-dessus de la mer et des orangeraies en terrasses, la vue va si loin que l’on se perd dans l’immensité du bleu, ne sachant où finit la mer et où commence le ciel – c’est l’infini…

Cela donne un peu le vertige et nous préférons nous retirer dans un coin de cette immense propriété au gazon si vert qu’il ferait pâlir d’envie un Lord anglais ! Tout ici témoigne d’un goût exquis, jusqu’aux corbeilles à papier qui sont en osier tressé….

Il n’y a pas encore trop de touristes, et je vais pouvoir rêver, tranquille sous un olivier, à tout ce qui s’est passé depuis notre arrivée à Naples.

DE NAPLES A SORRENTE ET A PRAIANO

Nous avons pris le bus depuis l’aéroport pour la gare centrale et ensuite leur RER, le CIRCUMVESUVIANA, qui longe la baie de Naples et fait en une heure les 50 km jusqu’à SORRENTO. Il fait beau mais assez frais, pour la seconde moitié d’Avril dans le Sud de l’Italie, et nous supportons bien nos pulls et vestes. Le train est bondé à cette heure, principalement de lycéens et d’ouvriers. Que cette baie est belle, avec au fond le VESUVE, avec des jardins aux orangers et au citronniers si grands que c’est presque irréel, aux fleurs multicolores et à l’herbe si verte qu’on en mangerait !

Après avoir pris nos quartiers dans une petite pension, nous partons pour un tour en ville et sommes tout de suite happées par le bruit infernal des scooters et des voitures. C’est sympa, l’Italie, où l’on trouve tellement plus amusant de klaxonner que de respecter les règles les plus élémentaires de la circulation ! Mais ce n’est pas ce qu’il nous faut après un long hiver fatigant et nous décidons, le lendemain matin, de pousser – en bus – jusqu’à PRAIANO, petit village, en deux parties, d’à peine 2000 habitants.

La première fois que je suis arrivée à Sorrento, c’était en juillet 1992 en bateau, le soi-disant Metro del Mare depuis Salerno, qui faisait toute la côte et s’arrêtait à chaque petit port – un voyage avec des vues, depuis la mer, inoubliables !

C’est un lieu de rêve qui ne semble pas vrai quand vous y êtes et vous ressentez une grande nostalgie au moment de le quitter.

JOHN STEINBECK

De Sorrento à Salerno, la côte amalfitaine est une des plus belles côtes d’Italie, d’Europe, et peut-être du monde. Des montagnes abruptes dévalent vers la Mer Tyrrhénienne et une seule route étroite dessert Positano, Praiano, Amalfi et Ravello – ces villages perchés entre mer et ciel. J’avais eu un vrai coup de cœur et m’étais jurée de revenir un jour ici. Nous voilà, en dehors de la saison touristique, curieuses de tout découvrir. A l’époque, je n’avais vu que Sorrento et bien entendu Capri.

Et c’est là, sur la terrasse du Bar del Sole à Praiano, à 11 h du matin, que nous tombons tout de suite et définitivement amoureuses de ce site, de cette vue unique sur le Golfe de Positano et de la péninsule de Sorrente. Ce mélange magique de la mer, de la terre et des montagnes restera à jamais gravé dans nos mémoires !

En plus, ce village est nettement moins touristique, donc plus calme et moins cher que Positano, Amalfi et Ravello. Une heure après notre arrivée et après une brillante négociation de ma part (in italiano, per favore !), nous sommes installées à l’Albergo Tramonto d’Oro. Notre chambre, joliment meublée de bambou vert et dotée d’une salle de bains magnifique, donne sur la mer tyrrhénienne, et depuis nos lits, nous apercevons même les deux petites îles qui appartiennent, nous dit la rumeur locale, à Rudolf Noureïev. Nous nous sentons au moins aussi riches que lui et passons une bonne partie de l’après-midi à bronzer et à rêvasser sur notre terrasse.

Plus tard, nous partons explorer le village et nous nous rendons compte que « 100 m au-dessus de la mer », signifie 300 (!) marches à descendre entre les maisons aux jolis jardins remplis de glycines, de jasmin et d’orangers.

Nous dégringolons jusqu’à la plage minuscule où quelques pêcheurs réparent leurs filets et repeignent leurs bateaux. Nous remontons plus de 500 marches pour arriver à l’une des dernières maisons du village où une signora adorable nous offre des gâteaux simplement parce que nous avons admiré les fleurs magnifiques de son jardin. Hélas, dès que nous entrons dans sa maison, elle m’assomme littéralement avec toute l’histoire de sa famille. Je ne comprends qu’un mot sur deux, à cause de son accent napolitain et de la vitesse avec laquelle elle parle. Mi a évidemment le beau rôle car elle n’a qu’à grogner de temps en temps un vague « si, si » et à se faire traduire le tout au restaurant, le soir…!

Nous dînons devant un panorama de rêve: coucher de soleil sur la mer et la montagne, scintillements de lumières de Positano — et spaghetti alle vongole délicieux. Le roi n’est pas notre cousin ! Avant d’aller nous coucher, petit tour sur la place de l’église, où tout le village se retrouve pour la fameuse promenade du soir, la passegiata, pour bavarder, jouer au ballon et aux boules. L’église est fermée et silencieuse à cette heure – hélas, on ne peut pas dire la même chose du clocher !! Je pressens du vilain pour mon sommeil, car les cloches, reliées à la grande horloge, sonnent TOUS les quart d’heure d’après un savant système: de 1 à 4 coups pour chaque quart ET en plus, le nombre des heures déjà passées ! Ce qui nous donne par exemple 12 COUPS pour 23h15…. – c’est prenant. Vive les boules Quiès !

Après un copieux buffet de prima collazione avec la vue extraordinaire sur le golfe sous le soleil, nous partons le lendemain matin, en bus, pour AMALFI. Mimi est ravie de ne pas devoir conduire, car cette route côtière, très étroite, est pleine de virages. Quand deux bus se rencontrent – c’est à dire toutes les 5 minutes -, c’est chaque fois la même question: passera ou passera pas ? Le conducteur m’explique qu’en cette saison, il y a beaucoup plus de cars qu’en été (où il fait trop chaud) à cause des excursions scolaires, d’où les embouteillages sur cette route beaucoup trop fréquentée. Les autochtones ont bien demandé à ce qu’on installe un péage entre Positano et Sorrente, mais ils n’ont pas été entendus.

Amalfi est une petite station balnéaire très jolie et très touristique. Le DUOMO a des dimensions impressionnantes pour une si petite ville !

Un mariage s’y prépare mais nous n’attendons pas la mariée pour attaquer notre montée sur l’ancienne voie romaine avec ses fameuses 832 marches qui ne sont heureusement pas très hautes et bien espacées.

Arrivées à Ravello, la première glace de l’année récompense notre bel effort et c’est en dégustant avec volupté limone-tiramisu-fragola que nous flânons dans les ruelles de ce beau bourg, tellement différent d’Amalfi, plus typiquement italien avec sa grande place carrée où les vieux se chauffent au soleil, tandis que les gamins jouent au ballon sous l’œil  impavide d’un flic de service qui ne règle ni la circulation ni rien d’autre…

La VILLA CIMBRONE, un bâtiment historique datant du XIIe siècle après JC, ressemble plutôt à un château. Cette magnifique villa fut plusieurs fois agrandie et remodelée, notamment au XVIe siècle, lorsque fut créé le belvédère aux statues de marbre. Ensuite, l’édifice devint la propriété des Beckett, une famille anglaise, au XIXe siècle, qui paysagea une partie du jardin, en y installant des espèces exotiques. Dans les années 1960, on fit les ultimes restaurations de la villa, alors transformée, en partie, en magnifique hôtel de charme.

De très loin impossible pour notre bourse — mais nous nous contentons avec ravissement du jardin qui sort vraiment de l’ordinaire avec ses vues stupéfiantes sur la côte….

Après notre sieste, nous attaquons vaillamment la descente. Moi, complètement inconsciente, en sautillant de marche en marche — ce que je regrette amèrement le lendemain, autant pour mes mollets que pour mon dos. Mais, tant pis, n’écoutant que mon seul courage, je fais ce matin-là un acte héroïque pour nous deux, en allant comparer les prix de TOUS les hôtels et pensions du village, inclus ceux de « l’autre côté du tunnel », à 1 km environ. Il y a des sacrés différences de prix, car, à confort et vue égales, la clim’ et la piscine doivent faire la distinction. Actuellement, nous pouvons très bien nous en passer, mais en été, c’est sûrement indispensable.

Nous avons décidé de changer d’hôtel et le nouveau ne se trouve qu’à 200 m (et 59 marches !) de l’ancien, MAIS à l’abri des cloches. La vue de notre terrasse toute rose est encore plus fantastique ! Juste en-dessous de nous se trouve une de ces petites Tours Sarrazines qui font partie du charme de cette côte.

Je trouve notre nouvelle chambre mieux que la première, bien que moins élégante. Ici, nous disposons d’une baignoire et d’une douche – et le prix défie toute concurrence: 75.000 L pour deux , petit déjeuner compris, c’est à dire 220 francs. NULLE PART en France nous ne trouverions la même chose au bord de la mer avec un décor de rêve pareil. Quelle chance !!

Mario, notre hôtelier, nous a gentiment offert un cappuccino, en attendant que notre chambre soit faite, et veut absolument discuter avec moi en allemand. Il le parle bien et en est visiblement très fier – mais moi, je suis ici aussi pour parler italien, alors j’insiste. Hélas, si ça va nettement mieux que l’an dernier, pour la compréhension, ce n’est pas encore très bien car beaucoup d’Italiens parlent sans ar-ti-cu-ler et en plus ici, forcément, il y a beaucoup de mots napolitains et je suis vite larguée. Mais qu’importe, ça viendra !

BOMERANO (Argerola)

Sitôt installées, nous mettons nos chaussures de randonnée et montons à BOMERANO. Mi dit:  » Quand on aime, on ne compte pas » – car bien entendu, le début du chemin comporte les inévitables escaliers. Mais la vue est tellement époustouflante que les nombreuses haltes que nous imposent notre souffle et nos mollets, sont un réel plaisir.

En passant devant une propriété, j’ai la surprise de pouvoir m’entretenir en « canard italien » avec un animal qui reste pourtant invisible dans son enclos — ce qui ajoute au charme de la conversation…

Un peu plus haut, notre sentier passe devant la maison d’un contadino, un fermier modeste qui, averti par son chien parfaitement antipathique, s’empresse de nous offrir dans deux verres immenses un breuvage ‘décapant’ mais qui désaltère bien. Comme je le complimente pour son « vin », il me raconte qu’il descend chaque matin à 5 heures pour aller travailler à Praiano comme homme à tout faire. Pour ses courses, pas fou, il préfère monter à Bomerano pour ramener son mulet chargé en descendant. Quand je m’émerveille devant tant de courage, il me répond très dignement:

Cosa vuole, è la mia vita. – Que voulez-vous, c’est ma vie.

Il nous accompagne un brin pour nous montrer le COLLE SERA (327 m) où le sentier se partage en deux pour filer à gauche sur Positano par le Chemin de Dieux et à droite sur ARGEROLA, dont Bomerano fait partie. Nous arrivons là-haut à 13 h et sommes rouges comme les pivoines de la belle propriété qui, bâtie juste dans le creux du col, jouit d’une vue fabuleuse des deux côtés.

Deux ouvriers y sont en train de couper du bois et un peu plus tard, nous croisons une femme qui apporte – merveille de l’amour véritable ! – le repas à son homme depuis le village, qui est quand-même à une bonne demi-heure de marche…

POMPEI

Le lendemain, petite déception: il fait doux mais gris. Pourtant siamo fortunate (nous avons de la chance) car à Rome et dans toute l’Italie du Nord il pleut à verse ! Nous partons donc pour la journée à POMPEI, d’abord en stop avec un Monsieur qui travaille au SAN PIETRO, hôtel 5 étoiles qui a hébergé Jacques Chirac entre autres. Il parle très bien français, est sympathique et nous indique ses sentiers de randonnée préférés. Après l’avoir quitté, nous retrouvons immédiatement un autre véhicule avec deux pépés qui ont un magasin à Positano et qui me submergent littéralement d’un flot de paroles quand je les questionne à propos des élections.

Si je comprends bien (mais j’ai du mal!), Berlusconi n’est pas passé, et pourtant – d’après eux – c’est le seul qui pouvait sauver l’Italie. L’ « OLIVO » a gagné avec une très mince avance de 5% et le cirque habituel des élections à la chaîne va recommencer. Complètement découragée par tout ce que j’entends, je finis par prononcer de temps en temps « si si, é véro » car je renonce à comprendre ce staccato qui est trop pour moi.

Pour dire la vérité, Pompei a plus plu à Mireille qu’à moi. Elle trouve impressionnant que mille neuf cents ans se soient écoulés depuis la catastrophe et regarde le Vésuve – qui n’est pourtant pas à côté ! – d’un mauvais œil , comme s’il pouvait se réveiller subitement…

Pour ma part, je n’apprécie pas les hordes de touristes mais j’en suis une et je fais donc fais docilement le tour du site.

Les Romains avaient déjà des cafet’ où ils achetaient des repas chauds tout préparés, ils avaient des pressings et ils avaient surtout de très belles demeures peintes à l’ocre de Pompei. Nous passons des 1500 places de l’ Odéon aux 12.000 places de l’ Amphithéâtre où les gladiateurs officiaient pour ‘distraire’ le peuple. Nous admirons les mosaïques, les sculptures et les fresques. Celles-ci ne représentaient pas toutes des scènes de mythologie – il y avait aussi des choses nettement plus stimulantes à voir au Lupanar…!

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Lupanar.jpg.

Nous frissonnons devant les cadavres figés pour l’éternité dans l’attitude qu’ils avaient au moment de la catastrophe. Pragmatique comme je peux l’être, j’aimerais bien savoir comment les archéologues ont fait pour remuer trois kilomètre-cubes (!) de pierres et de cendres qui recouvraient la ville à une hauteur de 4 mètres ? Mais je me contente de suivre Mi dans les « passages piétons » de la Via de l’Abondance : on y avait mis de gros blocs de pierre au-dessus des pavés, ce qui évitait de redescendre chaque fois des trottoirs qui étaient très hauts. Mes mollets douloureux remercient très sincèrement ces Romains astucieux !

Après trois heures et demie de visite, nous rentrons au village en stop, car il aurait fallu attendre le bus pendant deux heures, et les gens d’ici sont vraiment très serviables et gentils. Nous achetons des cartes postales au Tabac pour commencer nos ‘devoirs de vacances’. Curieusement, la dame qui nous les vend est Française, et la discussion qui s’ensuite est des plus intéressantes. Quand elle habitait encore la France, la Signora n’était, je cite, « pas vraiment raciste mais plutôt contre les étrangers ». Le destin a voulu qu’elle tombe amoureuse d’un Italien. Manque de chance pour elle, dans ce coin, c’est elle qui est « l’étrangère » – même après 25 ans de mariage. Elle nous raconte que beaucoup d’Italiens, surtout ceux du Sud, sont encore, je cite, « analphabètes et incultes ». Souvent, le pater familias décide pour toute la famille qui va voter quoi ! D’autre part, les politiciens profitent de cette ignorance pour faire des sondages avec des questions très compliquées, quand elles ne sont pas truquées tout simplement.

Pour les élections qui viennent d’avoir lieu, « ils » ont trouvé le moyen de se choisir des sigles si ressemblants qu’une personne non avertie a du mal à s’y retrouver. Elle est ravie que Belusconi et la droite ne soient pas passés, mais d’un autre côté, elle trouve quand-même terrible le poids et le nombre d’impôts. Tous ceux qui peuvent tricher dans ce pays, le font. Par exemple, le « fils de 40 ans, sans emploi, vivant chez ses parents » ne paye pas d’impôts et ses parents non plus. D’après elle, seuls les fonctionnaires et les commerçants sont obligés de tout déclarer. Son mari s’est déjà demandé s’ils ne feraient pas mieux de rentrer en France….Comme quoi, ce n’est pas tout de vivre au soleil !

NOCELLA, IL SENTIERO DEGLI DEI, MONTEPERTUSO

L’institutrice de Nocella, par exemple, doit monter et descendre DEUX MILLE marches par jour pour pouvoir faire classe! Elle pourrait également venir en voiture jusqu’à environ 500 m du village (seulement 200 marches mais 20 bonnes minutes à pied) si pour cela elle ne devait pas traverser Positano et son trafic infernal. Mi dit qu’elle démissionnerait de suite et à la simple pensée d’un déménagement (même sans piano!) nous blêmissons. Pourtant, la vue d’ici sur le golfe de Positano et la péninsule qui ressemble à un gros chat qui pose doucement sa tête sur ses pattes, c’est una meraviglia !

Tout à l’heure, nous sommes parties sur la Via Croce, le chemin de Croix qui monte depuis Praiano jusqu’au Monastère San Domenico qui surplombe notre village. Il fait très chaud et nous nous arrêtons souvent en cherchant l’ombre sous un arbre pour nous repentir de nos pêchés — et surtout, pour reprendre notre souffle. Par contre, du côté de nos mollets, il y a du progrès, ça va mieux ! Arrivées en haut, nous apercevons furtivement un petit moine qui disparaît aussitôt derrière la lourde porte de son église.

Nous montons encore un peu jusqu’au CHEMIN DES DIEUX, le bien nommé, qui nous mènera, à flanc de montagne, jusqu’à Nocella et Montepertuso, avec une suite de vues absolument uniques sur la mer, la montagne et le ciel. Je suis en extase devant tant de beauté !

Après trois bonnes heures de marche – depuis Montepertuso, on a retrouvé nos chères marches pour descendre à Positano !- nous arrivons en ville juste à temps pour nous acheter nos pomodorini préférées, ces divines tomates cerises, et pour manger enfin un bon poulet rôti, sauce diable (pollo arrosto al diavolo) , car curieusement, nous n’en avons pas encore trouvé à Praiano. Mais cette petite infidélité faite à notre village, ne restera pas sans conséquences. Mon poulet aura un mal fou à ne pas devenir un « pollo volante », car l’autista/le conducteur du bus qui nous ramènera chez nous, a dix minutes de retard sur son horaire et envie de la pastaciuta de sa femme. La première fois qu’il prend un virage avec toute la fougue italienne, j’ai le malheur de m’exclamer « oh, là là » — ce qui déclenche son hilarité et à partir de là, il prend TOUS les autres virages pareillement avec un tonitruant « oh, là là » comme accompagnement…. A la descente, j’ai besoin d’urgence d’une Grappa !

RANDONNEE SUR LA PENINSULE

Le lendemain, il pleut, zut ! On voulait aller à Capri – mais vu que tous les Italien semblent s’y être donnés rendez-vous pour fêter le long week-end du 25 avril (fin de la Seconde Guerre Mondiale), il vaut mieux attendre et faire autre chose. Nous partons donc en stop jusqu’à TORCA pour aller à pied jusqu’au Col de Fontanelle. Le sentier se faufile entre oliviers et prés couverts de fleurs, entre potagers et terrasses tirés au cordon pour enfin arriver au maquis qui exhale son parfum d’arômes sauvages. Il refait beau et très chaud depuis midi. Je suis aux anges, tandis que Mimi essaye avec plus ou moins de succès de se protéger les bras et les jambes des coups de soleil.

Mais la vue sur la mer en contrebas se mérite, notamment par une montée très rude jusqu’au belvédère Maiacocola, d’où nous apercevons presque notre hôtel. Nous rencontrons quatre jeunes Italiens, qui randonnent comme nous sur le même chemin. Ils nous prennent gentiment en photo

et nous les suivons bien volontiers car les signes devenaient de plus en plus épars. Eux ont des cartes détaillées et des boussoles, ce sont de vrais marcheurs, les premiers que nous croisons dans le coin. Jusqu’ici, les Italiens nous ont tous regardées avec un mélange d’admiration et de doute quand nous leur parlions de nos marches, car pour eux:

I turisti fanno bagno e basta !

Redescendues à la route, nous faisons du stop pour rejoindre notre hôtel. Nous tombons sur un père et son fils qui habitent tous deux à Praiano. Pendant que le papa me fait la conversation, le fiston se fait un plaisir d’imiter très efficacement la sirène de la police pour permettre à son père de dépasser un bus qui le gênait…! Le jeune homme nous raconte qu’il prend des leçons d’Aïkido à Praiano et qu’il fait du parapente à Positano – on ne s’ennuie pas dans le coin.

POSITANO ET CAPRI

Notre terrasse rose nous enchante. Elle est idéalement située pour écouter à la fois le bruit des vagues et le chant des oiseaux dans les jardins tout autour de nous. Il y a notamment une propriété juste à côté de nous dont je ne me lasse pas, tellement elle est belle. Elle appartiendrait à un producteur de cinéma napolitain et a tout pour faire fantasmer: petit château blanc à tourelles crénelées, immense piscine en marbre, tennis, cyprès superbes et profusion de fleurs….dommage que je ne sois pas actrice !

Nous passons l’après-midi à flâner dans POSITANO, en admirant les façades multicolores des maisons comme serties dans la roche. Dans les petites ruelles avec ses boutiques de robes colorées, nous en achetons deux chacune. Ici, il y a une vraie belle plage de sable où nos pieds baignent dans des flots bleus sublimes.

La ville est connue pour ses carreaux en céramique peints (souvent à la main) et ses coulées de bougainvilliers et de glycines luxuriantes… bref, c’est une image du paradis sur terre !

Le lendemain matin, nous déménageons pour la deuxième fois car il y a un groupe allemand de 55 personnes qui arrive et du coup ‘Bellavista’ affiche complet. Le Sirene est à seulement 20 marches (montée), 100 marches (descente) et encore 20 marches à monter pour arriver à notre chambre – avec vue splendide sur Positano. Heureusement, nous sommes désormais entraînées…

Pendant notre installation, le temps se lève et nous levons vite notre pouce pour un « passagio » jusqu’à Sorrente. Nous avons décidé de tenter notre chance pour aller à Capri et – gli angeli sont avec nous ! – deux Romains, très bcbg, nous embarquent illico. Pendant tout le trajet je discute avec eux et -ô joie! – je les comprends sans peine.

Arrivées à Marina Piccola de Sorrente à midi, nous sautons dans l’hydroglisseur de 11h45 qui partira avec 48 minutes de retard, bien qu’il soit déjà bondé à cause du week-end prolongé. Les telefonini font rage ici et cela nous amuse ou agace, c’est selon. Que ce soit en voiture – qu’il conduit d’une main et bien entendu sans attacher sa ceinture – dans la rue ou même en bus, IL SIGNOR doit ABSOLUMENT être joignable. C’est particulièrement ridicule sur un bateau qui tangue tellement que mon estomac formule les voeux les plus chaleureux pour notre arrivée prochaine.

Heureusement, la terre ferme me fait retrouver ma forme tout de suite, et la joie de Mi, découvrant l’Ile depuis le taxi qui nous monte à Anacapri, fait le reste. Nous nous promenons ‘en ville’, car le petit village de pêcheurs que décrit Axel Munthe dans son Livre de San Michele est devenu riche ! Devant la foule qui souhaite visiter la villa elle-même, nous renonçons, ainsi qu’à la Grotta Azzurra pour la même raison. Il faut aussi en laisser pour la prochaine fois…..! Par contre, nous nous gâtons avec de jolies choses en céramique faites quasiment devant nos yeux : deux numéros pour la maison de Mi et mes initiales pour la porte de mon studio à Saint Maur.

Un quart d’heure plus tard, nous sommes en route sur la seggovia/ le télésiège qui nous amène au Monte Solaro. Il domine l’Ile de Capri à près de 600 m d’altitude et nous ‘survolons’, pendant la belle montée, les jardins, les potagers et les oliveraies tout en profitant de vues splendides sur le Golf de Naples et Ischia au loin.

Arrivées là-haut, nous sommes subitement très loin du charivari touristique, presque dans un ‘désert de genêts’ où seuls nos pas troublent la sérénité du lieu. Le Mont Solaro comporte une grande variété botanique, par exemple, on y trouve l’erba cetre/la réglisse. Au XVe siècle y a été construit l’ermitage de Santa Maria a Cetrella, en surplomb d’une falaise dominant la Marina Piccola. Fondé par les Chartreux, cet endroit isolé au milieu des vignes ne manque pas de poésie. Dans ce lieu de retraite spirituelle, ont résidé des ermites, appartenant aux ordres des Franciscains et les Dominicains. Les marins d’Anacapri venaient parfois y vénérer une image de la Sainte-Marie avant de partir pour une expédition dangereuse.

En arrivant à la chapelle, nous sommes surprises par une forte odeur de café — et par l’aimable invitation d’un ouvrier qui nous enjoint de le suivre sur la terrasse d’où on a la plus belle vue sur Capri. C’est époustouflant !! Et les hommes qui restaurent l’église, nous servent même le café sur la terrasse. Moment unique !

La fin de la descente, encore plus de 400 m de dénivelé, est plutôt sportive et c’est en nage que nous arrivons juste à temps pour le bateau du retour — qui mettra 20 minutes de plus qu’à l’aller car le temps et le vent surtout ont changé les vagues en moutons ! Heureusement, nous n’avions pas opté pour la traversée directe pour Positano qui aurait duré une heure. Et un bon bain à l’hôtel, ainsi qu’une pizza excellente dans notre petit restaurant nous remettent d’aplomb. Quelle belle journée!

SAN ANGELO

Après une matinée ventée et plutôt frisquette, nous peinons finalement une dernière fois sous le soleil en montant à San Angelo, à 450 m au-dessus de Sorrente.

Le monde est vraiment petit, car ici, à près de 3000 km de Berlin, nous avons été prises en stop, à la sortie de Praiano, par celui qui fut le proviseur du Lycée Français à Berlin. J’avais eu avec lui un échange de lettres qui n’a jamais abouti à un concert – ce que je me garde bien de lui révéler aujourd’hui ! A présent il est proviseur du Lycée Français à Milan. Sa femme, professeur d’allemand, et lui, sont sur le chemin du retour. Ils ont passé le grand week-end , très culture-culture, entre Pompei et Herculaneum – tout à fait le contraire du petit pépé tranquille qui sera notre deuxième chauffeur du matin. Avec son costume-cravate sur un pull en V rouge, il me rappelle beaucoup mon oncle Arrigo de Lugano qui était aussi bavard que lui – même moi, je n’arrivais pas à en placer une…!

Nous montons au couvent Il deserto, qui est habité par une communauté de Bénédictines. Ce monastère du Désert, situé sur la colline homonyme, fut construit en 1679. Le point panoramique sans égal sur i dui golfi, les golfes de Naples et de Salerne, ainsi que sur l’ensemble des Monti Lattari, est magnifique, sans égal ! Une adorable petite sœur nous montre Capri – au cas où nous ne l’aurions pas vu ! – en parlant anglais…!

Notre descente à travers de toutes petites routes est des plus plaisantes. Nous apercevons, à travers la porte d’une église ouverte à Priora, le dos et le voile d’une mariée, à qui le curé fait un sermon quasi menaçant. Pendant ce temps, certains invités ont filé à l’anglaise pour papoter dehors ou —- pour téléphoner…Et en remontant sur un autre petit chemin – raide celui -là ! – vers notre point de départ, nous croisons l’ITALIANO FIERO dans toute sa splendeur. Sur une vespa rouge, il est endimanché en diable: costume-cravate-lunettes-de-soleil-sur dents-éclatantes et « sa superbe » est juste un tout petit peu dérangé par le sac en plastique qu’il serre entre ses pieds et qui contient sans doute quelques douceurs pour le dessert. Tout en me moquant, je lui envie bien sa vespa tellement ça monte à San Angelo – mais la perspective d’un dernier bain de soleil sur notre terrasse me soutient…

Car il faut bien se l’avouer, ce soir, nous dînerons pour la dernière fois au Gennaro et nous jurerons devant les lumières scintillantes du lungomare de Positano de ne jamais oublier ce coin de paradis !

Praiano a sempre evviva la Costiera Amalfitana!

A bientôt pour une autre pièce de mon puzzle de voyages.

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